La montagne ne peut se résumer à un simple accident géomorphologique. Elle est depuis longtemps un enjeu majeur de la société française. Au départ, elle n’était qu’un no man’s land aux marges du territoire, un espace sauvage et hostile qui ne sera réellement exploré et conquis qu’au XVIIIème siècle par une première vague de touristes (scientifiques, alpinistes…). A partir de cette époque pionnière, la montagne va être considérée comme un capital à exploiter.
Si l’agriculture décline et qu’un exode rural se développe, on va tout de même essayer d’en faire un territoire prospère. Dans un premier temps, cela passe par l’industrialisation : mine, métallurgie, électricité hydraulique… Dans un second temps, on va découvrir avec le ski alpin un nouvel “ or blanc ”. Pour sauver l’économie montagnarde, on va chercher à valoriser les ressources immenses que semble offrir la neige. Les années soixante vont voir se multiplier les stations de sports d’hiver dont les équipements massifs et coûteux vont lourdement marquer les paysages.
Mais ce mouvement va vite trouver ses limites. D’abord les aménagements ne se révèlent pas aussi rentables que prévu. Ensuite, dès les années soixante-dix, des voix s’élèvent pour refuser le “ tout tourisme ” d’hiver et son impact écologique.
Face à l’urbanisation du milieu montagnard, on va créer un habitat rustique et des parcs nationaux. Ces sanctuaires sont censés préserver la nature à l’état originel. Le milieu montagnard acquiert alors une fonction éducative, permettant de s’y ressourcer et d’y découvrir une faune et une flore originale.
Face à la dictature du ski alpin, on va diversifier les activités de pleine nature. Ces dernières vont exploser dans les années quatre-vingt : augmentation du nombre de pratiquants, multiplication des disciplines. Faisant fi des remontées mécaniques, beaucoup d’entre elles passent par un contact direct avec le milieu naturel (randonnée pédestre, en raquette, ski de fond, escalade, canyonisme…). Exigeant moins d’équipement, elles sont au demeurant beaucoup moins coûteuses, donc accessibles à une population moins aisée.
Face à la logique sportive hivernale, on va réhabiliter les traditions locales et valoriser un tourisme estival. Le tourisme “ vert ” n’est plus seulement sportif, il se veut culturel. Ainsi le patrimoine montagnard va être revalorisé à travers les musées, les marchés locaux (et les productions de terroir), cérémonies, gastronomie, architecture…
Cherchant une articulation harmonieuse entre société, économie et environnement, ce mouvement peut être qualifié de tourisme durable. Et c’est pleinement dans cette tendance que s’inscrit le projet de l’association Montagne Pour Tous.
Texte de Eric Boutroy en collaboration avec Nicolas Carrara
| < Précédent |
|---|





